"A l'initiative de l'UNESCO, les Nations Unies avaient décidé de proclamer 1995 - année du cinquantième anniversaire des deux organisations - Année internationale pour la tolérance, et d'instituer le 16 novembre dans tous ses états membres une journée internationale de la tolérance.
Cette journée commémore la Déclaration de principes sur la tolérance, adoptée et signée à Paris par les Etats membres de l'UNESCO le 16 novembre 1995.
Les signataires de la Déclaration affirment que la tolérance n'est pas seulement un principe moral mais qu'elle est également une nécessité politique et juridique pour les individus, les groupes et les Etats. Situant la tolérance par rapport aux instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme qui ont été établis depuis cinquante ans, ils soulignent que les Etats devraient élaborer, si besoin est, de nouvelles législations afin de garantir une égalité de traitement et de chances aux différents groupes et individus qui composent la société.
Depuis la fin de la guerre froide, on a assisté à une augmentation constante des conflits d'origine sociale, religieuse et culturelle. Trop souvent ils ont dégénéré en conflits armés ; trop souvent les droits de l'homme ont été bafoués ; trop de vies ont été perdues.
Qu'ont en commun la résurgence des rancoeurs historiques et des conflits armés dans les Balkans et la recrudescence alarmante des agressions racistes en Europe de l'Ouest ? Quels liens formels, s'ils existent, unissent les groupements extrémistes ou ceux qui prônent la suprématie d'une race, où qu'ils se trouvent dans le monde ? Quel rapport y a-t-il entre le génocide perpétré au Rwanda et les guerres menées par des groupes d'extrémistes religieux en d'autres endroits de la planète ?
La seule réponse qui vient immédiatement à l'esprit est que l'intolérance progresse partout et qu'elle tue à grande échelle. L'intolérance pose de nombreuses questions d'ordre moral. Cela a toujours été le cas. Mais, depuis les années 1990, l'intolérance soulève aussi des questions d'ordre politique. L'intolérance est de plus en plus souvent considérée comme une menace majeure pour la démocratie, la paix et la sécurité. Le problème inquiète à juste titre gouvernements et opinion publique. Et pourtant, dès que l'on parle d'intolérance, les questions sont plus nombreuses que les réponses.
L'intolérance d'une société est la somme de l'intolérance de ses membres. Le sectarisme, les stéréotypes, la stigmatisation, les insultes et les plaisanteries racistes sont autant d'exemples de manifestations individuelles d'intolérance auxquelles nombre de personnes sont quotidiennement soumises. L'intolérance engendre l'intolérance.
Afin de combattre l'intolérance, nous devons prendre conscience du lien qui existe entre nos comportements et le cercle vicieux de la méfiance et de la violence dans la société. Chacun de nous devrait commencer par se demander : « Suis-je tolérant(e) ? Est-ce que j'ai des idées stéréotypés sur les gens ? Est-ce que je rejette ceux qui sont différents de moi ? Est-ce que je « leur fais porter la responsabilité de mes difficultés ? ».
Beaucoup d'entre nous savent que les problèmes de demain vont de plus en plus se mondialiser, mais peu réalisent que la solution des problèmes mondiaux est locale voire individuelle. Confrontés à l'escalade de l'intolérance autour de nous, nous ne devons pas attendre des gouvernements ou des institutions qu'ils agissent seuls. Nous sommes tous partie intégrante de la solution.
Nous ne devrions pas nous sentir impuissants car nous possédons en fait une capacité énorme de pouvoir. L'action non-violente est un moyen d'exercer ce pouvoir, le pouvoir du peuple. Les outils de l'action non-violente - former un groupe pour s'attaquer à un problème, organiser un réseau local, manifester sa solidarité avec des victimes de l'intolérance, discréditer une propagande haineuse - sont à la disposition de tous ceux qui veulent mettre un terme à l'intolérance, la violence et à la haine."
Pour conclure, nous avons choisi de rappeler 2 points de la "Déclaration de Principe sur la Tolérance" :
- 1.2 La tolérance n'est ni concession, ni condescendance, ni complaisance. La tolérance est, avant tout, une attitude active animée par la reconnaissance des droits universels de la personne humaine et des libertés fondamentales d'autrui. En aucun cas la tolérance ne saurait être invoquée pour justifier des atteintes à ces valeurs fondamentales. La tolérance doit être pratiquée par les individus, les groupes et les Etats.
- 1.4 Conformément au respect des droits de l'homme, pratiquer la tolérance ce n'est ni tolérer l'injustice sociale, ni renoncer à ses propres convictions, ni faire de concessions à cet égard. La pratique de la tolérance signifie que chacun a le libre choix de ses convictions et accepte que l'autre jouisse de la même liberté. Elle signifie l'acceptation du fait que les êtres humains, qui se caractérisent naturellement par la diversité de leur aspect physique, de leur situation, de leur mode d'expression, de leurs comportements et de leurs valeurs, ont le droit de vivre en paix et d'être tels qu'ils sont. Elle signifie également que nul ne doit imposer ses opinions à autrui.