Les dirigeants africains et le président français Jacques Chirac ont affiché samedi à Bamako leur volonté commune de combattre l'immigration clandestine et d'aider des millions de jeunes Africains à sortir de la pauvreté, au premier jour d'un sommet Afrique-France.L'événement
Les participants à ce 23ème sommet, dont le thème central est la jeunesse, devaient également discuter des conflits déchirant le continent, notamment la guerre civile au Darfour (ouest du Soudan) et la crise en Côte d'Ivoire.
Pour la première fois dans l'histoire de ces sommets, la totalité des 53 pays africains était représentée.
Mais l'absence du président ivoirien Laurent Gbagbo a jeté une ombre sur cette rencontre, alors que l'Union africaine (UA) a multiplié les efforts pour aider ce pays et fait pression sur les protagonistes de la crise pour que soit désigné un nouveau Premier ministre.
Paris a déployé 4.000 soldats en Côte d'Ivoire aux cotés de plus de 7.000 Casques bleus pour empêcher une reprise des combats dans ce pays-clef pour la stabilité de l'Afrique de l'Ouest, coupé en deux depuis 2002 par une rébellion armée.
Une vingtaine de chefs d'Etat participaient au sommet, du Sud-africain Thabo Mbeki au Gabonais Omar Bongo Ondimba, doyen des présidents africains, au pouvoir depuis 1967 et qui vient juste d'être réélu lors d'un scrutin dénoncé par l'opposition.
Les dirigeants ont discuté plusieurs heures à huis-clos samedi. Le sommet doit s'achever dimanche à la mi-journée.
Le président Chirac et son homologue malien Amadou Toumani Touré ont tous deux appelé à lutter contre l'immigration clandestine.
"Africains et Européens, nous avons pour devoir de démanteler les réseaux d'immigration clandestine, derrière lesquels se cache en réalité un commerce honteux, odieux et mafieux", a dit M. Chirac.
Ils ont aussi souligné la nécessité de combattre la pauvreté -320 millions d'Africains survivent avec moins d'un dollar par jour, selon l'Onu- et le chômage pour empêcher les jeunes de rejoindre les cohortes de migrants.
L'urgence pour l'Afrique est de "vaincre la pauvreté, permettre l'éclosion d'une classe moyenne et employer au mieux les élites", a dit M. Chirac.
La France va faciliter la délivrance de visas de longue durée pour les entrepreneurs, cadres, chercheurs, professeurs et artistes africains, a annoncé M. Chirac.
"Nous devons combattre les réseaux de passeurs" mais "il faut retenir les jeunes ici chez eux", a dit de son coté le président Touré, tout en soulignant les "bienfaits" pour l'économie du Mali des transferts annuels de 180 millions d'euros des quatre millions de membres de sa diaspora.
MM. Chirac et Touré ont appelé à des règles commerciales plus équitables pour les pays pauvres, avant une réunion cruciale de l'OMC à Hong Kong. L'Afrique, qui représente moins de 2% des échanges mondiaux, doit "prendre sa juste place dans le commerce international, notamment agricole" et ne doit pas être "ignorée" par les pays riches, a dit M. Chirac.
Les deux chefs d'Etat ont aussi évoqué les fléaux des conflits et du sida. L'Afrique sub-saharienne abrite plus de 60% des personnes vivant avec le VIH dans le monde, soit 25,8 millions de séropositifs.
M. Chirac a souligné que la France restait un "avocat inlassable de l'Afrique" alors que sa politique est contestée comme une survivance "néo-coloniale" par une frange des opposants, comme au Togo, ou des élites au pouvoir, comme en Côte d'Ivoire.
Il a rappelé que Paris allait adapter son dispositif militaire prépositionné en Afrique pour appuyer les efforts de l'Union africaine de créer une force de maintien de la paix à l'horizon 2010.
Si l'Afrique continue de concentrer la moitié des opérations de maintien de la paix de l'Onu, ce sommet intervient toutefois alors que les guerres civiles du Liberia et du Burundi viennent de déboucher sur des élections.
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